CHARLIE HEBDO : PAS DE FUMEE SANS FEU …

Il n’y a pas de fumée sans feu, c’est peu dire au vu de l’incendie de Charlie qui a déclenché des vagues de protestations. Le journal a caricaturé de façon « humoristique » Mahomet mais visiblement la liberté d’expression n’est pas du goût de tout le monde.

Charlie Hebdo n’a pas fini de faire parler de lui …

A la Une du fameux journal satirique figurait, la semaine du 1er novembre, une nouvelle caricature de Mahomet. Le prophète, rédacteur en chef pour ce numéro spécial intitulé Charia Hebdo, y était représenté joyeux, avec la bulle :« 100 coups de fouet, si vous n’êtes pas morts de rire ». En guise de menu, l’édition proposait un « édito de Mahomet » intitulé « L’apéro Halal », une page double de dessins expliquant « la charia molle », mais aussi un supplément « Charia Madame ». Le journal affiche enfin en dernière page Mahomet avec un nez de clown rouge, avec la phrase : « Oui, l’islam est compatible avec l’humour ». Ce fut apparemment l’élément qui a mis le feu aux poudres, et qui fait définitivement dire que l’humour est relatif. Dans la nuit du mercredi 2 novembre, le siège de Charlie Hebdo a littéralement pris la forme d’un brasier, l’expertise policière révèle la présence d’un cocktail Molotov. Il est légitime pour Charlie Hebdo de retenir l’hypothèse d’un attentat.

Parallèlement à cet incendie tragique, le site de Charlie Hebdo a lui aussi été malmené. Il a été piraté, et sur sa page d’accueil apparaît désormais une photographie exposant la mosquée de la Mecque en plein pèlerinage ainsi que le Coran, avec le slogan « No god but Allah » (« Pas d’autre Dieu qu’Allah »), avant d’être mis hors service. Les internautes pouvaient également y trouver des messages en anglais et en turc. Le jeudi 3 novembre, on pouvait lire sur le site, affichant page blanche, les termes « it works » (« ça marche »). Patrick Pelloux, à l’antenne de BFMTV, n’hésite pas à qualifier ces actes de cyberattaques, et de promettre que l’équipe de Charlie Hebdo continuera à se battre.

En attendant, cette escalade de la violence a conduit Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, le dessinateur Luz, à l’origine de la Une de « Charia Hebdo », et le directeur de la rédaction, Riss, à demeurer sous protection policière rapprochée.

Le journal se défend en rétorquant qu’il avait seulement pour dessein de publier un numéro rendant hommage à la victoire des islamistes du parti Ennahda en Tunisie et à l’instauration de la charia en Libye, et de commenter ces événements, d’où son titre spécial pour l’occasion : « Charia Hebdo » : « On se demande ce qu’il faut faire pour ne pas indigner », « La seule différence cette semaine, c’est que Mahomet est en couverture et que c’est assez rare de le mettre en couverture ».

Un seul bémol : la religion musulmane interdit la représentation du prophète. Ce contexte n’est pas sans précédent. En 2006, Charlie Hebdo avait déjà été menacé pour avoir publié plusieurs images de la série de caricatures de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten et une couverture signée Cabu représentant Mahomet déclarant : « c’est dur d’être aimé par des cons ». L’affaire avait été portée devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, qui avait finalement relaxé le journal. L’épée de Damoclès s’est aujourd’hui bel et bien rabattue sur le journal satirique…

La classe politique fulmine. La soutenant, le président du Conseil français du culte musulman promet : « S’il s’agit d’un incendie criminel, nous le condamnons fermement. »
Le Premier Ministre condamne : « La liberté d’expression est une valeur inaliénable de notre démocratie et toute atteinte à la liberté de la presse doit être condamnée avec la plus grande fermeté. Aucune cause ne saurait justifier une action violente ». La liberté d’expression est un droit fondamental, et le gouvernement juge les actes envers Charlie Hebdo comme étant intolérables, et ne justifiant aucunement cette « violence ».

Que doit penser le plus commun des mortels ? Que Charlie Hebdo s’adonne à de la méchanceté gratuite envers l’Islam ? Certes, l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme protège la liberté de religion, et le droit international des droits de l’homme protège les sentiments religieux. Mais le raisonnement ne peut être poursuivi jusqu’au bout de cette logique car la jurisprudence française a considéré que le respect de toute croyance va de pair avec la liberté de critiquer les religions, et est combiné à la liberté de représentation des sujets ou des objets de vénération religieuse.

Cependant, une question légitime doit être soulevée : peut-on vraiment autoriser n’importe quelle expression, même celle qui blesse autrui dans ses convictions religieuses ? N’existerait-il aucune limite à cette souveraine liberté d’expression ?

Une aide est néanmoins proposée afin de pallier à l’absence de locaux : Bertrand Delanoë est volontaire dans la recherche de nouveaux lieux pour Charlie Hebdo. Pour le moment, le journal Libération a pris Charlie Hebdo sous son aile, ce dernier figure désormais dans ses pages.

A travers l’épais brouillard de fumée, un élément-clé voit poindre le jour : le groupe Akincilar revendique le piratage du site de Charlie Hebdo dans un message transmis au Nouvel Observateur. Les hackers justifient de façon lapidaire leur acte:« Le site www.charliehebdo.fr est devenu notre cible [après] cet affront à nos valeurs religieuses. Puisqu’il est méprisant envers notre prophète, nous avons mis notre contenu sur la page d’accueil [du site] pour protester », la « punition » est dite méritée : « Vous continuez de maltraiter le prophète Mahomet avec des dessins dégoûtants et honteux en prétextant la liberté d’expression » et menaçante : « Nous serons votre malédiction sur le cyberespace », « [c'est] une lutte contre une publication qui attaque [nos] croyances et [nos] valeurs morales ». Akincilar, loin d’être un novice en la matière, prétend compter à son tableau de chasse 1500 sites piratés ; le groupe nie en revanche l’incendie volontaire, et assure n’être pas partisan de la violence.

Si la première attaque est clairement revendiquée, la deuxième dont a été victime le site demeure une énigme. A l’heure actuelle, la page web de Charlie Hebdo est hors service inaccessible, et compte bien le rester encore suite aux menaces de mort proférées à l’encontre de l’hébergeur…

Le bras de fer entre pro et anti-Charlie Hebdo a frôlé le raz-de-marée de telle sorte que Valérie Manteau a annoncé dans un premier temps, que la page Facebook de Charlie Hebdo serait bientôt fermée aux commentaires. En effet, sur Facebook, des commentaires incendiaires ont protesté contre « Charia Hebdo ». Les messages sont lapidaires, les menaces violentes et prometteuses de représailles : « Honte à Charlie Hebdo, vous avez gagné un bon tirage mais vous récolterez les conséquences », « Tu as touché notre prophète », « Les musulmans demande une seule chose : des excuses publiques », « Si vous parlez de la liberté, alors pensez à ce que ça fait si je caricature Jésus », « Les musulmans seront gagnants » au nom de la foi : « Je témoigne qu’il n’y a de vraie divinité que Dieu et que Mouhamed est son messager », argument dupliqué des dizaines de fois. Ensuite, Facebook a pris la décision de supprimer les pages de l’hebdomadaire pour des raisons pour le moins curieuses mais Charlie Hebdo, loin d’avoir dit son dernier mot s’est réfugié sur un blog WordPress.

Les représentants de l’Islam en France ont tenté d’apaiser les flammes. Le jugement d’Hassen Chalghoumi , président de la Conférence des imams de France, a un verdict sans appel face à toutes ces agressions verbales et tente de raisonner la colère et la haine des internautes : « Si ces gens-là sont des musulmans, j’aimerais dire que ce sont des pratiques qui ne défendent en aucun cas l’image de l’islam ni l’image du prophète de l’islam ».
Le vice-président de l’Union des organisations islamiques de France, Bachir Boukhze admet quant à lui la contrebalance difficile entre la liberté d’expression et l’étroite place accordée à l’humour dans la religion musulmane : « Si nous sommes pour la liberté d’expression, si nous comprenons que le satirique fait partie de la société, nous sommes aussi pour le respect des symboles religieux. Les musulmans souffrent et considèrent comme une attaque qu’on les caricature dans leurs convictions ».

La braise est bien loin de mourir …

Sources :

Mise en ligne le 31 octobre 2011, consulté le 31 octobre 2011, URL : http://www.lejdd.fr/Medias/Presse-ecrite/Actualite/Cette-semaine-Charlie-Hebdo-fait-de-Mahomet-son-redacteur-en-chef-415881/

Mise en ligne le 2 novembre 2011, consulté le 2 novembre 2011, URL : http://www.pcinpact.com/news/66756-charlie-hebdo-piratage-mahomet-caricature-defacement.htm

Mise en ligne le 2 novembre 2011, consulté le 2 novembre 2011, URL : http://www.01net.com/editorial/545752/le-site-de-charlie-hebdo-hacke-ses-locaux-incendies/

Mise en ligne le 2 novembre 2011, consulté le 2 novembre 2011, URL : http://www.liberation.fr/medias/01012369135-le-siege-de-charlie-hebdo-detruit-par-un-incendie-criminel

Mise en ligne le 2 novembre 2011, consulté le 2 novembre 2011, URL : http://bembelly.wordpress.com/2011/11/02/charlie-hebdo-provocation-liberte-dexpression-ca-brule/

Mise en ligne le 2 novembre 2011, consulté le 2 novembre 2011, URL : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/02/97001-20111102FILWWW00379-charlie-hebdo-indignation-de-fillon.php

Mise en ligne le 3 novembre 2011, consulté le 3 novembre 2011, URL : http://www.gizmodo.fr/2011/11/03/akincilar-revendique-le-piratage-du-site-de-charlie-hebdo.html

Mise en ligne le 3 novembre 2011, consulté le 3 novembre 2011, URL : http://www.liberation.fr/medias/1201535-dialoguez-avec-laurent-leger-de-charlie-hebdo

Mise en ligne le 3 novembre 2011, consulté le 3 novembre 2011, URL : http://lci.tf1.fr/france/faits-divers/pro-et-anti-charlie-hebdo-s-affrontent-sur-sa-page-facebook-6807369.html

Mise en ligne le 3 novembre 2011, consulté le 3 novembre 2011, URL : http://www.lejdd.fr/Medias/Presse-ecrite/Actualite/La-polemique-Charlie-Hebdo-ne-s-eteint-pas-417433/?from=headlines

Mise en ligne le 4 novembre 2011, consulté le 4 novembre 2011, URL : http://www.01net.com/editorial/545956/charlie-hebdo-se-refugie-sur-wordpress-et-s-and-039-en-prend-a-facebook/

Mise en ligne le 7 novembre 2011, consulté le 7 novembre 2011, URL : http://www.lepetitjournal.com/istanbul/breves-istanbul/89043-charlie-hebdo-le-site-internet-bloque-par-un-hacker-turc.html